Les traces indélébiles de ceux qui ont cheminé côte à côte

A l’occasion de la Journée de l’Afrique, Mme Gisela Garcia, diplomate, directrice de l’Afrique subsaharienne au ministère des Relations extérieures de la République de Cuba, a concédé un entretien à Granma.

Auteur: Raúl Antonio Capote | internacionales@granma.cu

La Havane, 23 mai 2020.Le 25 mai, Journée de l’Afrique, coïncide cette année avec le cinquante-septième anniversaire de la fondation de l’Organisation de l’unité africaine, devenue aujourd’hui l’Union africaine (UA).

Àcette occasion, Mme Gisela Garcia, diplomate, directrice de l’Afrique subsaharienne au ministère des Relations extérieures de la République de Cuba, a concédé un entretien à Granma durant lequel elle a souligné l’importance des relations du gouvernement et du peuple cubains avec le continent, « berceau de l’humanité ».

Cuba considère le 25 mai comme une date « à elle » du fait des liens divers qui l’unissent à l’Afrique et qui sont l’assise d’une amitié forgée à travers de profondes racines culturelles et historiques. Le 25 mai est aussi l’occasion de reconnaître l’importance de Fidel comme inspirateur de vraies relations entre le peuple cubain et l’Afrique.

Où en sont les relations entre l’Afrique et Cuba ?

Les relations entre l’Afrique et Cuba sont au beau fixe. L’intense dialogue politique et diplomatique s’est maintenu l’année dernière. Aussi avons-nous reçu les chefs d’État d’Angola et du Ghana, et les rois d’Eswatini et du Lesotho, tandis que, parmi les figures de premier niveau de notre pays, le vice-président Salvador Valdés Mesa a visité l’Angola, l’Afrique du Sud, l’Éthiopie, la Namibie et l’Eswatini, la vice-Première ministre Inés María Chapman Waugh a visité leZimbabwe, l’Afrique du Sud, le Lesotho et le Kenyaet le vice-Premier ministre Ricardo Cabrisas Ruiz s’est rendu en Angola. Des réunions de consultation politique se sont déroulées avec l’Afrique du Sud, le Zimbabwe, la Tanzanie, le Rwanda, le Cameroun, le Bénin, le Sénégalo, le Liberia, les îles Maurice, les Comores et la Côte d’Ivoire durant les visites de hauts représentants de notre ministère des Relations extérieures.

Je dois aussi souligner que Cuba a participé à des forums et espaces africains, comme le Sommet de l’Union africaine à Addis-Abéba, la Conférence internationale Population et développement, et le Sommet des pays ACP, tous deux au Kenya.

L’ouverture en 2019 des ambassades de Cuba au Gabon et au Maroc, et celle de la Tanzanie à Cuba ont constitué des jalons importants, parce qu’il s’agit d’ambassadeurs résidents.

Je tiens à rappeler que La Havane est une des capitales comptant le plus d’ambassades africaines au monde, autrement dit vingt-huit, d’où l’existence d’un corps diplomatique très actif. Corrélativement, Cuba est l’une des nations les plus représentées en Afrique, avec trente-quatre ambassades.

À ce fort dialogue politique et diplomatique, je dois ajouter une autre composante importante : notre coopération bilatérale intense avec les pays africains.

La coopération bilatérale entre Cuba et les pays africains continue de s’approfondir et de se diversifier.Combien de projets de coopération existent-ils actuellement et dans quels secteurs ?

Nous avons des projets de coopération avec la quasi-totalité des pays africains. Environ six mille coopérants cubains prêtent service sur le continent dans les domaines de la santé, de l’éducation, de la construction, du sport, des ressources hydrauliques et de l’agriculture, entre autres. Par ailleurs, indépendamment de ces projets bilatéraux, de nombreux autres pays africains bénéficient de la coopération cubaine parce que leurs étudiants font des études universitaires de premier et deuxième cycles chez nous. Environ neuf mille Africains font actuellement des études supérieures à Cuba.

Pourriez-vous nous faire un bref historique de la coopération bilatérale entre l’Afrique et Cuba ?

La coopération bilatérale entre l’Afrique et Cuba n’est pas nouvelle. Son point de départ est la Révolution cubaine, sans mentionner les liens historiques et culturelles qui nous conduiraient même jusqu’aux origines de la nation cubaine. C’est l’une des plus belles pages dans les annales de l’humanité. Elle a démarré en 1963 avec l’envoi des premiers médecins en Algérie. Notre pays jouit d’un grand prestige en Afrique en raison de sa contribution désintéressée aux luttes pour l’indépendance et la souveraineté de nations africaines et en faveur du développement.

Le principal promoteur et défenseur des liens entre Cuba et l’Afrique a été le leader historique de la Révolution cubaine, Fidel Castro Ruz, qui a senti une profonde admiration pour les peuples africains et qui a été l’ami de nombreux leaders de ce continent.

L’expression la plus importante de l’appui cubain aux luttes d’indépendance africaines a été la participation de plus de trois cent mille soldats et officiers cubains, dont beaucoup descendaient des Africains dont un million deux cent mille sont arrivés à Cuba comme esclaves. Des combattants internationalistes cubains ont donné leur vie en Afrique. Mais, comme l’a dit Fidel le 4 septembre 1998 dans son discours mémorable devant le parlement sud-africain au Cap : « Des terres africaines où ils ont travaillé et lutté à titre volontaire et désintéressé, ils n’ont ramené à Cuba que les restes de leurs compagnons tombés et l’honneur du devoir accompli. » Voilà pourquoi les peuples et les gouvernements africains respectent Cuba, et ce respect, aucune campagne misérable à la Goebbels contre la coopération cubaine ne pourra la souiller.

La coopération au service du développement continue de jouer un rôle marquant, en premier lieu la coopération médicale, mais pas seulement elle. Cuba a coopéré et continue de coopérer avec l’Afrique dans pratiquement tous les domaines. Je ne saurais oublier des exemples comme le Détachement pédagogique internationaliste Ernesto Che Guevara en Angola et le Détachement de constructeurs de l’UNECA, parmi bien d’autres dans les domaines les plus variés. La formation de ressources humaines a de très importantes retombées :  Cuba a formé plus de trente mille étudiants des cinquante-cinq pays intégrant l’Union africaine, ce qui est, à mon avis, un des plus beaux legs de Fidel. Beaucoup des dirigeants actuels de l’Afrique ont fait des études à Cuba, dont M. Danny Faure, le président des Seychelles, ainsi que beaucoup de ministres de différents pays.

Un des exemples les plus récents, reconnu par la communauté internationale et par des organisations comme l’Unité africaine, les Nations Unies et l’Organisation mondiale de la santé, a été l’envoi d’une brigade du Contingent Henry Reeve constituée de 256 personnels de santé pour lutter en Guinée, au Liberia et en Sierra-Leone contre l’épidémie à virus Ébola, une coopération pour laquelle Cuba n’a pas touché un centime. Elle n’avait d’ailleurs pas de prix !

Aujourd’hui, de nouveau à l’appel de l’Afrique, les brigades médicales cubaines déjà sur place se sont mises au service des gouvernements pour contribuer au combat contre le Covid-19, ce à quoi il faut ajouter l’envoi de brigades spéciales Henry Reeve.

Combien de brigades médicales cubaines se trouvent-elles aujourd’hui en Afrique et dans quels pays ?

Nous en avons dans 31 pays africains.

Pourriez-vous mentionner quelques jalons de l’appui de l’Afrique à Cuba au sein des organismes internationaux?

Cuba sait gré à ses frères africains de leur solidarité permanente malgré les pressions en sens contraire qui s’exercent contre eux. Ainsi, l’an dernier, à la soixante-quatorzième session de l’Assemblée générale des Nations Unies, l’Afrique a voté unanimement la résolution cubaine contre le blocus étasunienne et près du quart des intervenants provenait du continent africain.

En plus de cet appui à l’ONU et dans d’autres institutions spécialisées, en février dernier, le Sommet de l’Union africaine a, pour la onzième fois d’affilée, condamné fermement le blocus des USA. C’est là une position solide, de véritables frères, ce dont nous leur sommes profondément reconnaissants.

Nous félicitons les peuples africains et leur diaspora – une diaspora dont les Cubains font partie – en ce 25 mai, Journée de l’Afrique qui coïncide justement avec la fondation de l’Organisation de l’unité africaine, devenue maintenant l’Union africaine, qui a promu l’unité et la solidarité entre ses pays membres et conduit la décolonisation qui a permis au continent africain de se faire entendre dans le concert des nations. Selon un proverbe africain : « Les traces de ceux qui ont cheminé côte à côte sont indélébiles. » Voila pourquoi les relations entre Cuba et l’Afrique sont à la fois profondes et indestructibles.

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