Intervention de Bruno Rodríguez Parrilla, ministre cubain des Relations extérieures

Profitant des terribles conditions causées par la pandémie du Covid-19, l’administration étasunienne a durci à des niveaux extrêmes et sans précédent le blocus que les Etats-Unis appliquent à Cuba. Or, le blocus est criminel, le blocus est génocidaire, comme le reconnaît la Convention de Genève de 1948, le blocus équivaut à une guerre économique. Mais l’appliquer en pleine pandémie mondiale constitue une cruauté vraiment inouïe.

Les Etats-Unis ont aussi appliqué des mesures non classiques tout à fait impropres et inacceptables en temps de guerre, comme celles visant les livraisons de carburants à Cuba.

Quel qu’il soit, le vainqueur des prochaines élections aux Etats-Unis doit savoir concrètement que le blocus et la politique qu’il implique font du tort au peuple cubain, aux familles cubaines, aux Cubains vivant à l’étranger, qu’ils violent les droits de l’homme, qu’ils entravent les communications, les voyages, la délivrance de visas et la réunification des familles.

Le blocus restreint aussi la liberté de déplacement et les droits des Etats-Unis, leur droit à l’information, contredit les valeurs démocratiques et humanitaires du peuple étasunien. Il porte préjudice aux affaires des compagnies des Etats-Unis et à leurs hommes d’affaires. Il va jusqu’à léser l’intérêt national même des Etats-Unis qui, de ce fait, se retrouvent profondément isolés et discrédités,  et dont les contradictions avec leurs alliés ne cessent de croître.

Par sa nature extraterritoriale, le blocus viole la souveraineté et lèse les intérêts de tous les États de la planète, viole le droit international et porte gravement préjudice au multilatéralisme.

Quel cynisme d’oser dire aux Cubains, aux familles cubaines qui le subissent jour après jour, heure après heure, que le blocus n’a pas d’effets réels ! Quel cynisme d’affirmer que cette politique ne touche censément que quelques Cubains ! Quel cynisme encore pire de vouloir la justifier, alors que ses visées essentielles sont de modifier notre Constitution, notre ordre constitutionnel, nos lois, de supprimer la façon dont nous nous organisons en toute souveraineté et dont notre peuple décide de ses destinées et de son avenir ! Oui, tout ceci est foncièrement immoral et illégitime !

À quoi s’ajoutent des mensonges toujours plus grossiers, des calomnies toujours plus insensées, toujours plus incroyables, toujours plus farfelues sur Cuba ! À voir les conditions malhonnêtes dans lesquelles se fait la politique aux Etats-Unis, il faut dire que celle-ci vit en plein maccarthysme, un nouveau maccarthysme fébrile, au point que leur président en arrive à dresser une liste d’artistes cubains interdits de présentations dans ce pays…

D’avril 2019 à mars 2020 – autrement dit la période pour laquelle nous quantifions les préjudices causés par le blocus et soumettons le Rapport que je présente aujourd’hui à vous-mêmes, à l’opinion publique, à la communauté internationale et en particulier à notre peuple, que nous avons adressé au Secrétaire général des Nations Unies et que nous publierons très bientôt – le blocus a causé à Cuba des pertes calculées à 5 570 000 000 de dollars : c’est la première fois que ces pertes dépassent cinq milliards pour une période de temps. Et encore, elles sont calculées au plus bas, selon une méthodologie qui a même été auditée par des institutions du Congrès des Etats-Unis…

Les pertes accumulées durant presque soixante ans se chiffrent à prix courant à une somme hors du commun : 114 413 000 000 de dollars ! Des préjudices absolument écrasants pour une petite économie comme celle de Cuba. Mais si l’on tient compte de la dépréciation du dollar face à l’or, ces préjudices se montent alors à 1 098 800 000 000 de dollars.

Par sa nature extraterritoriale et tous azimuts, le blocus cause à notre peuple, à notre gouvernement des problèmes supplémentaires à cette étape de pandémie, parce que celle-ci frappe toute la planète et entraîne pour nous des limitations extraordinaires.

Le blocus veut dire, par exemple, que nous n’avons pas accès à des équipements, à des intrants et à des technologies d’origine étasunienne, voire à des technologies et à des équipements de pays tiers contenant 1o p. 100 de composants, ou de logiciels ou de technologies étasuniennes.

Seuls la solidité du système de santé cubain, notre potentiel scientifique développé et la participation directe, motivé et engagée de nos citoyens, des familles cubaines, de notre peuple au combat contre l’épidémie expliquent les succès remportés jusqu’ici par celui-ci et par notre gouvernement.

Mais nous continuons de nous heurter à des difficultés énormes pour acquérir les nouvelles technologies, les équipements, les intrants et les matières premières dont nous avons besoin pour produire des médicaments et pour soigner et sauver chaque patient du Covid-19.

L’extraterritorialité du blocus, autrement dit son application illégale dans d’autres pays à des compagnies étrangères et à des filiales étasuniennes qui devraient se soumettre aux lois du pays où elles opèrent, a des effets particulièrement nocifs dans notre combat contre le Covid-19.

Les exemples abondent. Ainsi, un don fait par la société chinoise Alibaba au moment le plus tendu de la pandémie et contenant non de la technologie de pointe, tant s’en faut, mais surtout des moyens de protection, des jeux de diagnostic, n’a pu arriver à Cuba à cause du blocus.

Autre exemple terrible : les sociétés suisses IMT Medical Ag et Acutronic Medical Systems Ag ont prétexté de leur rachat par la société étasunienne de l’Illinois, Vyaire Medical Inc., et donc des sanctions du blocus pour refuser de livrer à Cuba des appareils de ventilation pulmonaire assistée indispensables au traitement des malades.

MEDICUBA, l’entreprise cubaine chargée d’acheter des équipements médicaux et des produits pharmaceutiques, est entrée en contact avec cinquante compagnies étasuniennes pour analyser la possibilité d’importer des médicaments, des équipements et d’autres articles nécessaires au système de santé publique cubain. Seules trois ont répondu : Waters Corporation, Dexcom et la filiale étasunienne de Royal Philips N.V., pour dire que le blocus leur interdisait la moindre opération commerciale avec Cuba.

Mais les chiffres ne peuvent traduire dans leur froideur tous les dommages économiques et humains infligés à notre peuple. D’autant que, je le répète, ce Rapport exclut, parce que situées hors de la période analysée, les mesures que l’administration étasunienne a prises contre Cuba en pleine pandémie !

Le Rapport dénonce par des preuves fondées, abondantes et irréfutables, le durcissement du blocus en 2019-2020, une période marquée aussi par l’agressivité et l’hostilité accrues de cette administration contre notre peuple et contre tous les États souverains, ses alliés compris.

On peut parler durant cette période de saut qualitatif de la part de l’administration étasunienne dans l’agressivité du blocus, car elle a eu recours à des mesures de nature non classique plus typiques du temps de guerre que du temps de paix.

Dans ces circonstances, l’effet d’intimidation de la Loi Helms-Burton persiste et s’aggrave, surtout quand il s’agit de compagnies et d’hommes d’affaires de pays tiers.

L’administration étasunienne a recouru à différentes mesures, dont une campagne de calomnies contre la coopération médicale cubaine qui vise à priver d’autres peuples de cette contribution indispensable à leurs systèmes de santé.

Elle a refusé de renouveler les autorisations accordées à des sociétés étasuniennes qui avaient établi des affaires mutuellement avantageuses avec Cuba et les intéressant au plus haut point.

Elle a réduit au maximum unilatéralement les transports aériens entre les deux pays. Elle s’en est prise aux envois de fonds familiaux des Cubains vivant aux USA à leurs proches vivant à Cuba et aux envois d’autres concitoyens vivant aux USA.

Elle a éliminé ou réduit au minimum les contacts et les communications entre les Cubains vivant aux Etats-Unis et leurs proches à Cuba, en recourant à des instruments et à des actions illégales.

Elle a inscrit Cuba sur ses listes diffamatoires ; puni des centaines d’entités juridiques cubaines ; posé de nouvelles restrictions économiques, commerciales et financières, ainsi que dans le domaine des investissements.

Il est impossible de jauger les effets du blocus sur la vie quotidienne de chaque Cubaine et Cubain, de chaque famille et sur chaque secteur de l’économie cubaine ou de la vie de la société cubaine.

Le blocus – durci extraordinairement ces deux dernières années – prouve bien par sa nature que les gouvernements des Etats-Unis sont incapables de reconnaître Cuba comme une nation indépendante qui jouit par conséquent, aux termes du droit international, du plein exercice de sa souveraineté et de sa libre détermination.

Le blocus viole de façon flagrante le droit international et les normes et principes sous-tendant le système des relations internationales, les normes de commerce internationales et la liberté de navigation. Ce qui explique pourquoi l’Assemblée générale des Nations Unies le condamne chaque année à la quasi-unanimité.

Le blocus constitue une grave entrave aux perspectives de développement de notre pays, à la satisfaction des besoins vitaux de notre peuple ; il constitue une violation grave, flagrante et systématique des droits de l’homme. Il a des effets nocifs tout à fait réels sur l’actualisation du modèle économique cubain et constitue le principal obstacle à une amélioration éventuelle des relations entre les deux pays. Constituant un acte génocidaire aux termes de la Convention de Genève de 1948, il n’a pas la moindre justification politique, morale ou juridique.

Il traduit aussi le mépris de l’administration étasunienne envers la volonté de la communauté internationale et envers des relations civilisées et démocratiques sur notre planète.

Il mérite donc d’être condamné, ce que fait l’Assemblée générale des Nations Unies tous les ans depuis presque trente ans.

Cuba, comme le savent notre peuple et l’opinion publique internationale, a renvoyé à mai 2021 la présentation devant l’Assemblée générale des Nations Unies de sa Résolution concernant le blocus économique, commerciale et financier appliqué par les Etats-Unis d’Amérique, compte tenu des effets de la pandémie à New York et dans le monde sur l’ordre du jour de l’ONU. Ce sera d’ici là, j’en suis convaincu, une nouvelle occasion pour la communauté internationale d’exprimer son rejet absolu du blocus.

Je vous remercie.

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